Théâtre classique

Si le théâtre du début du XVIIème siècle est fortement marqué par des tragicomédies dont les intrigues donc assez complexes, la seconde moitié est davantage touchée par le classicisme. C'est l'Abbé d'Aubignac qui, dans sa Pratique du théâtre de 1657, étudie le théâtre antique et le lie au théâtre de son époque pour créer des règles du théâtre classique. Cet ouvrage est suivi d'autres théories, tels que le Discours sur le poème dramatique de Corneille en 1660 ou l'Art Poétique de Boileau, en 1674. Tous s'inspirent de la Poétique d'Aristote. 

Les 3 unités.

"Qu'en un jour, qu'en un lieu, un seul fait accompli / Tienne jusqu'à la fin le théâtre rempli" écrit Boileau (chant 3, vers 45-6) pour parler des contraintes du théâtre classique. Cela permet de cadrer le spectateur afin de mieux le toucher et de donner un caractère vraisemblable à la pièce. Ces unités permettent aussi l'utilisation plus grande du dialogue et de la langue, au détriment du spectacle de la représentation. 

L'unité de temps ("en un jour") veut que l'action ne dépasse pas une journée complète ou "une révolution de soleil" comme le disait Aristote, c'est à dire 24h. Racine voulait même approcher la durée de ses pièces de la durée d'une représentation.

L'unité de lieu ("en un lieu") indique que l'action doit se dérouler dans un même lieu (souvent un palais dans la tragédie et un lieu bourgeois dans la comédie). Les personnages sont donc enfermés dans l'espace scénique. Cette contrainte peut se révéler un avantage financier car les déécors sont moindres. Corneille pensait qu'on pouvait représenter plusieurs salles d'une même habitation tout en respectant l'unité spatiale. Les faits se déroulant ailleurs ne sont que racontés. 

L'unité d'action ("un seul fait accompli") signifie que tous les événements d'une pièce doivent, du début à la fin, être liés et nécessaires au déroulement de l'intrigue. Toutes les actions servent à la compréhension de la pièce et ne peuvent être supprimées. Les intrigues secondaires doivent aussi trouver un dénouement dans l'unité de temps impartie. 

La bienséance.

Elle consiste à ne représenter que ce qui ne choquera pas le spectateur. Les scènes violentes ou trop intimes sont donc écartées. Toutefois, certaines morts ont été conservées, telles que celles de Phèdre dans la pièce éponyme. La bienséance est conforme à la vraisemblance et à la morale. La bienséance dans les pièces classiques concerne aussi les activités basses telles que manger. Boileau l'expose de cette manière :

"Ce qu'on ne doit point voir, qu'un récit nous l'expose : / Les yeux en le voyant saisiront mieux la chose ; Mais il est des objets que l'art judicieux / Doit offrir à l'oreille et reculer des yeux." 

La catharsis

Directement issue de la Poétique d'Aristote, elle est la purgation des passions, ou la libération de ces passions. Le spectateur doit pouvoir être touché par ce qu'il voit et entend sur scène. Dans la tragédie, elle est supposée exciter la crainte et la pitié chez le spectateur. Elle permet de vivre les destins des personnages par procuration, et le spectateur est censé prendre en aversion ce qu'il voit : il est donc nécessaire que les personnages incarenent des passions humaines. La catharsis permet aussi de donner une dimension morale à une pièce, qu'il s'agisse de la tragédie ou de la comédie. 

Tragédie et comédie.

Bien que les deux genres tendent à s'opposer, ils sont tous les deux marqués par les théories du classicisme. 

La tragédie est presque un genre nouveau à cette époque puis qu'elle est issue des tragi-comédies du début du siècle. La tragédie classique se caractérise par ses personnages nobles et son sujet d'origine mythique ou historique. Le style doit être accordé avec le statut des personnages. C'est la raison pour laquelle l'alexandrin est le vers utilisé. Le dénouement d'une tragédiue n'est pas forcément malheureux et n'est donc pas un critère de choix. Toutefois, il faut qu'il soit moral (voir le paragraphe sur la catharsis). Les héros raciniens sont condamnés par leur fatalité mythique; Corneille valorise les siens par leur réalisation finale et le spectateur s'identifie plus facilement à ses personnages qu'à ceux de Racine. 

La comédie, à travers sa forme classique, tente de retrouver des lettres de noblesse, et c'est Molière qui est le représentant majeur de la comédie classique. Genre mineur auquel les théoriciens s'intéressent peu, la comédie s'éloigne de la simple farce pour trouver la nouveauté. Les intrigues sont écrites sur le même plan que la tragédie et les personnages sont souvent des bourgeois. Le style n'est donc pas bas, et l'alexandrin est parfois utilisé. Certains procédés relèvent de la farce (les bastonnades, les chutes, les quiproquos), mais la comédie se rapproche quand même des règles classiques. Cela s'explique notamment dans sa dimension morale car la comédie se moque des défauts humains. Elle "corrige les moeurs en riant" ("castigat ridendo mores" était la formule utilisée par Molière) et utilise le rire pour instruire. 

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